Bel ensemble d’écorchés anatomiques en papier mâché polychrome par le docteur Louis Thomas Jérôme Auzoux (1797-1880)

Le Docteur Louis Thomas Jérôme Auzoux est un docteur en médecine français du XIXème siècle, internationalement

connu en tant que créateur de modèles anatomiques utilisés dans l’enseignement de la médecine humaine

et animale.

Le Docteur Louis Thomas Jérôme Auzoux est le concepteur d’une anatomie qu’il a appelé clastique (du grec

« klastos » : mis en morceaux) dont le principe est l’articulation d’une pièce anatomique autour de ces constituants

élémentaires que l’observateur peut démonter et remonter à loisir pour en observer la forme, la taille et

les rapports respectifs.

Le principe imaginé par le Docteur Louis Thomas Jérôme Auzoux a consisté dans la production d’une pâte à

papier et liège, coulée dans des moules, puis pressé, selon la technique du papier mâché.

Deux Musées conservent aujourd’hui les modèles du Docteur Louis Thomas Jérôme Auzoux : le Musée de

l’Ecole Vétérinaire de Maison Alfort et le Musée de l’Ecorché d’Anatomie du Neubourg dans l’Eure, dont la

collection est montrée au public grâce au don des Etablissements Auzoux qui ont fermé leurs portes à la fin du

XXème siècle.

Les pièces du Docteur Auzoux sont présentés aux expositions qui précédent la vente, afin que les acquéreurs

puissent se rendre compte de leur état. Elles seront vendues en l’état et sans réclamations.

Photo d'illustration:

63 - docteur louis thomas jérôme auzoux (1797-1880)

Troglotydes Gorilla, ou grand gorille d’Afrique.

Écorché anatomique en papier mâché articulé polychrome Il prend appui sur une branche d’arbre XIXème siècle.

H. 235cm. 6 000 / 8 000 €

Note :

Un modèle similaire apparaît dans la vue de l’atelier du Docteur Auzoux à Saint Aubin d’Ecrosville.

Note : Le gorille du Dr Auzoux présenté à notre vente est une pièce admirable à plusieurs titres : sa rareté, sa complexité et sa

fonctionnalité, et enfin sa portée scientifique et même philosophique.

Tout d’abord sa rareté :

L’espèce en elle même est rare, car il s’agit d’un gorille que l’on appelle plus communément aujourd’hui « dos argenté », espèce

en voie de disparition et protégée. Au XIXème siècle, seuls quelques explorateurs et scientifiques connaissaient l’existence de

ce gorille; le plus spectaculaire. L’historique de la découverte du gorille est décrite dans « le dictionnaire général des sciences

théoriques et appliquées » ouvrage de Focil et Privat-Deschanel paru à Paris en 1870. Dans le volume 2, page 1238, il est écrit :

« C’est en 1847 que l’existence du gorille fut révélée d’une façon incontestable par Savage, missionnaire américain, et par

des publications de Mr. Wyman et de R. Owen qui commencèrent la description des squelettes de femelles; enfin en 1852, le

Dr Franquet, chirurgien de la Marine française, fit don au même établissement d’un gorille mâle adulte. Depuis, le Dr Auzoux a

pu en disséquer un autre individu, dont il a reproduit l’anatomie par ses procédés particuliers, et le regrettable professeur Gratiolet

achevait, quand la mort l’a surpris, la description anatomique d’un autre individu ».

Pour le grand public, c’est Paul Belloni du Chaillu (1835-1903), qui fut considéré comme le premier explorateur occidental à

avoir croisé un gorille. Cela est consigné dans « Exploration en Afrique Équatoriale » paru en 1861, ouvrage dans lequel il décrit

le gorille dans son environnement, l’actuel Gabon. Le Dr Louis Auzoux s’inspire d’une planche de cet ouvrage montrant un

gorille en train de se tenir à une branche pour son écorché anatomique.

En 1863, le Dr Auzoux peut concrètement étudier l’anatomie d’un gorille grâce a un spécimen rapporté à sa demande d’une

expédition réalisée par Mr. de Rayneval, l’aide de camp de l’Empereur Napoléon III. Il fit conserver le corps dans un récipient

contenant une solution d’alcool pour I’exposer dans l’amphithéâtre de l’Ecole de Médecine à Paris pendant plusieurs jours au

profit d’autres scientifiques, et certainement d’un public médusé. Le Dr Auzoux finit par disséquer le cops, ce qui fut décrit dans

l’ouvrage de Duchenne de Boulogne « Physiologie des mouvements démontrée à l’aide de l’expérimentation électrique et de

l’observation clinique et applicable à l’étude des paralysies et des déformations. « La revue Cosmos ( revue des sciences et de

leurs applications) indique dans son volume 1 page 8 en 1863 : « bientôt le modèle clastique du gorille viendra s’ajouter aux

autres merveilles du célèbre anatomiste ».

Seuls trois exemplaires du Troglodites Gorilla sont connus : l’un conservé dans les collections du Musee Orfila, Delmas et Rouviere,

deux autres en mains privées, dont le nôtre.

Nous sommes au coeur des grandes et rares découvertes du XIXème siècle.

Ensuite, sa complexité et fonctionnalité:

Ainsi qu’expliqué en début de chapitre sur le Dr Auzoux dans ce catalogue, celui ci est l’inventeur d’une technique particulière

de reproduction d’anatomies démontables. Il inventa la composition d’une pâte qui permet de reproduire le moindre détail, puis

anime les chaires, les muscles et les nerfs avec un réseau sanguin de fils de lin tortillés, et colore l’ensemble à l’identique. Le Troglodites

Gorilla est considéré comme l’oeuvre la plus extraordinaire d’anatomie clastique du Dr Auzoux. Composé de 1193 pièces

articulées, le gorille est représenté se tenant à une branche d’arbre, comme indiqué dans l’ouvrage de Paul Belloni du Chaillu.

Les oeuvres du Dr Auzoux permettent d’étudier chaque partie du corps, et d’opérer des opérations de dissection simulées. Le Dr

Auzoux réalise ses premieres pièces en 1824, et après avoir obtenu l’autorisation de production en série par l’Académie Royale

de Médecine en 1825, il réalise son premier écorché humain et ouvre un atelier en Normandie dont nous présentons le visuel

d’une carte postale publiée dans l’Illustration en 1897. Il est intéressant de constater que le Troglodytes Gorilla y figure, exposé

comme une pièce maîtresse au centre de la composition, au même titre que le cheval et l’anatomie écorchée du corps humain,

pièces qui figurent dans notre catalogue.

Enfin sa portée scientifique et même philosophique:

À l’occasion de la dissection et de la création de l’écorché du Troglodytes Gorilla, le Dr Auzoux découvrit la fameuse particularité

tendineuse anatomique du pouce des gorilles qui leur permettent de préhender des objets, ce qui les rapprochent des humains.

D’ailleurs, Victor Frond en 1965 écrit dans « Le Panthéon des illustrations françaises au XIXème siècle » : « l’étude du Troglodytes

Gorilla par le Dr Auzoux aura tant d’influence sur les progrès de l’anthropologie ». Et l’on peut rajouter : de l’étude de l’anatomie

comparée des primates et des humains. C’est à ce titre que Charles Darwin, auteur en 1859 de « l’origine des espèces » et grand

théoricien de l’évolution des espèces fondée sur la sélection naturelle et la lutte pour la vie, en opposition avec la théorie jusque

là admise de la création divine, s’appuie sur les réalisations du Dr Auzoux. Le grand naturaliste et philosophe se permet, modèles

du Dr Auzoux en main, d’affirmer le cousinage des humains avec les grands primates, constituant un sacrilège pour l’église

Catholique. Il est intéressant de constater que le Vatican, opposé à ces théories, conserve néanmoins une importante collection

d’oeuvres du Dr Auzoux.